La double vie
J’ai mis du temps a me l’avouer : je mène une double vie. Ne vous méprenez pas. Je suis a 100% responsable de cette situation. Depuis a peu près 3 ans, donc, je mène deux vies de front. Pas à parts égales, mais disons 80%-20%. 80% de temps physique et mental consacrés à ma vie réelle. 20-30% de mon temps - surtout mental, pour le physique on repassera- à l’autre. Cet autre, c’est ma vie d’avant. Celle de la France, la vingtaine. Une décennie passée entre 3 ou 4 villes, au gré de mes études puis de ma première carrière. Une décennie passée à construire des amitiés solides, des relations plus éphémères et un sentiment d’appartenance à un pays, la France, qui ne m’avait pas vue grandir.
Et puis, un jour, j’ai replongé. Fini la France, hello -again- l’expatriation. Cap 3,625 miles un peu plus à l’ouest de Paris. Début d’une nouvelle vie.
“What Did You Do this Weekend? Oh...Not Much, Skyped with Europe”
Je la croyais inscrite dans la continuité de ma vie française. Certes, plus d'unité de lieu ni de temps, mais d’action, oui. Après tout, j’en reste le personnage principal. Mais très vite, je me suis sentie submergée : tiraillée entre ma vie “in real life”, et la famille et les amis que j’avais quittés physiquement, pas mentalement. Bloquant des week-ends entiers à faire des Skype par peur de manquer quelque événement (et je ne souffre pas de FOMO, je laisse ça aux Millennials). Me retrouvant à répondre, invariablement, à la question “What did you do this weekend?”, “oh not much...skyped with Europe…”. Peur de ne pas arriver à suivre les évolutions de mes proches.
Grand Écart
On résume souvent l’expatriation au fait de partir de sa patrie pour en revenir un jour. En réalité, être expat, c’est être à cheval sur deux vies. tentant sans cesse de faire le grand écart entre les deux, voulant à la fois satisfaire le partenaire du moment, et l’amant de longue date, auquel on pense de temps en temps, mais qu’on préfère conjuguer au passé, temporairement, sous peine de devenir larmoyant. Autour de moi, être expat, c’est une trajectoire que beaucoup de gens prennent. Souvent en couple, parfois seuls. Cela n’a pas d’importance. Je me demande quel genre de génération cela crée. Ce que je sais, en tous les cas, c’est que cela crée des couples, des bébés… et des tas d'expériences riches qui nous rendent plus complexes et plus flexibles.
Et Vous?
Et vous, prêt/es a tout quitter un jour ? Pour un an, 5 ans, pour toujours ? We’d love to hear from you @veryauguste